Il y avait d'abord cette attente sur le quai et cette sorte de niche à la suisse en plexiglas où je subis la conversation et les baisers ventouses d'un couple qui avait rompu et qui reprenait contact uniquement pour le mendigotage du sexe. Ce cynisme m'aurait jadis poussé à la violence, à les baffer, mais je dois être devenu vieux, je ravalais cette injure jusqu'à l'arrivée du train. Il était en avance et c'était bien. Je trouvai ma place fenêtre et une jeune fille du Gabon s'assit à côté de moi. J'eusse cependant préféré de la Haute-Volta, mais je n'en méritais pas tant. Une perle de sueur roulant de son front jusqu'à sa poitrine dans la rigole de deux seins en circonflexe me fit espérer un voyage sans trop de désespoir. Sans le savoir elle me protégeait de la vulgarité de cette femme qui s'installait en face de moi, vaudoise ou même française de haute volée se délestant de ses bottes en me disant qu'elle ne puait pas des pieds, exhibant un livre fraîchement paru, sans odeur lui-aussi. Courage ! Et mon poing en secret dans le sang chaud des blessures nobles.