Rue des Saint-Pères on me laissait tranquillement plonger mon vin dans un bouillon gras et puis tremper mon pain en guise de dessert dans mon verre avec un peu de sucre et ce qui pouvait y ajouter un goût de poésie. J'avais tendance à rire et alors je brisais la chaise sur laquelle j'étais assis, c'est pourquoi je fus baptisé l'enchanteur pourrissant par quelques ivrognes complices. Ils savaient que j'allais rejoindre mon antre du boulevard Saint-Germain pour commencer l'empoisonnement. Le vrai. Autrement dit la commande de besognes à quelques éditeurs tremblants et cependant convaincus de l'utilité du propos d'écrire. Du café des Deux-Magots où Alfred Jarry m'avait décoré de l'ordre de la gidouille, jusqu'à Montparno croisement Raspail et dans tous les bistrots où l'on trinquait au son de "Le Roi boit", je n'y allais pas de main morte. Aux Iles Marquises, paradis des souteneurs et des filles en caquette, j'improvisais et trouvais un public qui, entre autres, allait découvrir le Douanier Rousseau. Ces bonnes plaisanteries ! Ces facéties ! Quand je vois d'où je suis le monde littéraire d'aujourd'hui...