Deux radiateurs qui montrent comme deux vieux requins des dents pourries; une valise d'enfance qui soupire et flageole; un carton grand genre à chapeaux - tout cela sur le haut de la bibliothèque que je n'ai toujours pas ouverte depuis mon arrivée, peut-être par superstition car je risquerais de tout réduire en poudre en posant mon regard sur de faux totems. Un Rougemont, un Poliakoff ( on mettait deux f à l'époque au lieu du v), une aquarelle représentant le château de Séran dans le Tarn qu'on vend aujourd'hui en lots nickels. Moi tenant d'une main l'autre comme le faisait mon grand-père, cette fameuse main de singe, résultat d'une belle blessure qui le rendit sourd aussi en 1917 et qui ne fut pas coupée grâce à une boule de radium. J'attends patiemment. J'attends ce qui pourrait être une déflagration et qui ne fera pas plus de bruit sans doute que la chute d'un bloc dans une carrière d'un beau blanc comme à Chérence, cette fois sans espoir d'arc de Triomphe.