Je suis à l'âge de la retraite. Mais cependant aussi nerveux qu'un cheval qu'on voudrait ferrer et qui refuse de montrer ses dents, son passeport, quoi. Ce n'est pas politique, qu'on se rassure, c'est maniaco-dépressif. Aussi je vis dans une sorte de placard à balais. On m'a signifié un jour mon renvoi du club des gentils cons. J'ai une combine pour entrouvrir la porte qui donne sur un couloir enfumé par de nouveaux locataires ignorant ma présence, un bon coup de langue, je lance une perche et, bien coudée bien anguleuse, j'atteins la cuisine pour, comme avec une paille, pomper ce qu'il reste de vigueur vineuse dans les verres. Ces gens-là laissent toujours un fond pour se prouver qu'ils ont résolu la quadrature du cercle. Tout ça me suffit amplement pour poursuivre ma rêverie qui ne sera jamais brevetée, un ensemble kaléidoscopique où je synthétise les mille façons de retirer sa robe à une jument. Il m'arrive de hennir mais cela passe inaperçu quand la télé du salon annoncent les nouvelles du monde, massacres et prophéties. Quelques roses poussent sur mon crottin et ça chatouille agréablement la raie des fesses : que demander de mieux quand on s'obstine à respecter les feux de croisement d'un rien avec pas grand-chose.