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Mes Joyeusetés

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lundi 28 septembre 2009

Ah non c'est trop

oui trop

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Ernest Hemingway

Un jour on te ramassera

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le singe

sent encore le muguet

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dimanche 27 septembre 2009

apéritif

serein

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la pluie a fui

pagayeuse de blanc

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Faut bien se marrer

de temps en temps

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Finalement

c'est simple comme bonjour

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samedi 26 septembre 2009

je ne suis pas raisonnable

du râble

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mais qui

mais qui

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destin ?

ou logique ?

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rubicon

mais pas complètement (con)

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vendredi 25 septembre 2009

sûr pour certains

qu'entre 3 et 5

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comme par

hasard 3 ou 5

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comme par

hasard 3

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comme par

hasard (2)

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comme par

hasard

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jeudi 24 septembre 2009

enfin

l'un de mes frères fous

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et puis évidemment

ce passé par la route

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mercredi 23 septembre 2009

Retour

sur le fil

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lundi 21 septembre 2009

Evidemment

puisque le sommeil ne vient pas : réflexion

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Pour mes amis, Lili Marlene

pour ceux qui sont encore en vie

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C'est comme ça

aussi simple qu'un baiser

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Georges L. Godeau

Le soudeur

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dimanche 20 septembre 2009

Paul Simonetti

et le Patriote

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Réveil relatif

où cependant j'avais le cœur gai

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samedi 19 septembre 2009

cette insolence

qu'on dit gratuite

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La première fois

où j'ai entendu Pepe de la Matrona

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Je vous ai menti

pour n'être pas corrompu complètement comme vous

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évidemment

Claire m'en a voulu

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ruelles

de l'une à l'autre

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faut comprendre

entre deux blagues

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Aventure

sans importance

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vendredi 18 septembre 2009

Alain Borne, putaingue

et congue

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Michel Orcel

Les bois, les ruines

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jeudi 17 septembre 2009

Aucun titre

et aucun chapô

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ça y est j'ai tenu encore une fois

testament d'aube

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foim oum bem conhecer-te

fado, ça roule ma poule

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Eu fadista me confesso (Manuel de Almeida)

comment faire autrement

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l'homme aux cartons

dixit Jean-Michel Robert

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mercredi 16 septembre 2009

Souvenirs de la maison des fous

Paul Eluard

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quelques titres

donnés par une amie, titres de tableaux

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retrouvé ça

datant de 2006, ça n'a fait qu'empirer

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C'est comme

quand avec Poe, à Tahiti...

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merde, je ne dors pas

d'avoir trop joué dans les bals

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Bucata di mine

et la suite, je l'ai déjà dite face à Descartes et Leibniz et Spinoza, à la gare Montparnasse aux heures de pointe.

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petit frémissement des épaules

j'aimerais perdre la tête, Doamne la capii mei

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aussitôt je me retourne sur l'Innominée

sur les livres trouvés dans mes cartons, et toi Hélène Cadou, tu es bien là

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léger changement d'optique : Je te prendrai

comme le dit René Guy Cadou

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mardi 15 septembre 2009

La douleur, suite 6

Tout a commencé un matin où elle donnait un cours d'accordéon à une enfant particulièrement difficile, une douleur dans le bas-ventre l'a obligée à s'allonger. La gosse, stupéfaite, la regardait, apeurée et ne sachant que faire. La leçon fut courte ce jour-là. « On se revoit la prochaine fois » lui dit Justine, et, au moment où la porte se fermait sur la vision des cheveux bien peignés de son élève, elle s'est mise à penser à ses trois enfants qui naviguaient sur le territoire sans se soucier de rien, comme tous les jeunes de cette génération, irresponsables et profiteurs, et pour la première fois elle s'inquiéta vraiment de leur sort. Puis la douleur a disparu et lui a laissé dix jours de répit qu'elle a utilisé à rafraîchir le décor, à changer la couleur du tissu qui recouvrait les divans et les fauteuils du salon. Elle a trouvé de nouveaux motifs chez les Chinois pas loin du marché de Papeete, remplacé la grisaille par des jeux de couleur géométriques et cependant floraux qui s'accordaient avec les meubles malgaches et indochinois et qui trouvaient une approbation auprès du clown flottant dans une veste à carreaux peint par un copain de son défunt mari, lorgnant un verre de vin aux ¾ vide. Alors la pièce a pris un aspect faussement local, suffisamment provincial pour stimuler les élèves et leur faire accomplir des progrès étonnants. Cependant la petite fille aux cheveux bien peignés n'est plus revenue. Justine en a été affectée mais a compris : l'admiration s'effondre à la moindre faiblesse entrevue des colonisateurs, ce n'est pas comme ces peuples bannis, m'a-t-elle fait ironiquement remarquer, ayant occupé les îles en se prenant pour des rois et se félicitant de l'existence des tortues.



Quand la douleur revient, hélas!, elle est plus forte encore. Elle est insupportable, il faudrait consulter quelqu'un de sérieux et pas ce médecin qui ne sait que parler d'inflammation et ne sait que vanter les vertus du charbon et de l'aspirine. J'emmène Justine à Jean Prince, l'hôpital militaire et le diagnostic ne tarde pas : un abcès et il faut opérer. Une date est fixée. C'est demain. Les enfants sont prévenus au moment où elle passe sur le billard, le médecin colonel leur fait un bref exposé: « Votre mère a un cancer, elle n'en sait rien évidemment. Nous avons ouvert, coupé un bout d'intestin et installé un anus artificiel ». Silence de mort. Il reprend: « Aucun cas n'est désespéré. J'expliquerai à votre mère que nous rétablirons le transit dans quelques mois, auparavant j'ai besoin de votre aide pour qu'elle garde le moral ».

En fait ce passage n'a d'importance que l'explication de ce petit roman en dehors de cette vison lépreuse de toute morale. Cette chienne à l'odeur crevée, disait Mustafa Kémal

lundi 14 septembre 2009

Suite 5

On croit souvent que je suis astrologue — avec le temps j’ai appris à rester évasif. La nuit j’observe Jupiter ou les Pléiades avec ma lunette de professionnel et le jour je déjoue l’avenir de mes contemporains qui ne le connaissent que trop, mais trop avides de fuir la logique de leurs comportements, obstinés qu’ils sont à souffrir pour des vétilles — ce faisant, à les rendre glorieux de ce qu’ils croyaient être leur misère, je remplace tous les psychologues, tous les escrocs du territoire qui vivent de la culpabilité des pauvres gens : sergents recruteurs des églises monothéistes, ou paumées qui se vengent (car ce sont des femmes la plupart du temps) de leur insatisfaction, organisant des conférences dans le hall des grands hôtels pour beugler qu’elles n’hésitent pas à téléphoner aux hommes qui les ont abandonnées pour leur dire qu’elles leur pardonnent. On ne m’apprécie pas dans ces milieux-là, je ne suis qu’un imposteur et eux sont des saints. Marchands d’hosties ou de sucettes à défaut de matrices, ma fréquentation des cieux me rend prétentieux à leurs yeux. Et de brandir une loi commune, et de mélanger à pleins bras instincts et odeurs fortes pour expliquer le malentendu permanent qui nous occupe en ce monde, cet écart entre la psyché et la conscience, par nos allergies et nos malaises : allergie au gazon japonais, aux fadeurs maritimes, puanteur des colliers, léger moisi de la peau, alors qu’on pourrait y trouver toutes les raisons d’exister, d’être heureux en magnifique égoïste. Comment être généreux si l’on n’a pas mis à l’honneur nos géographies olfactives : on les délivre ensuite comme par une fenêtre ouverte à ceux qui réclament autre chose qu’une nationalité faite de familles et de rancœurs. Vous n’êtes pas de cet avis ? Comme on me croit astrologue, on me demande souvent laquelle de ces deux planètes, la lune et le soleil, est la plus importante. Je sens déjà chez mes interlocuteurs l’influence de mauvaises lectures, toute une mayonnaise yankee qui devient à la mode, orchestrée par des clubs nostalgiques du Lebensborn. Je ne convaincrai pas en parlant d’un poème érectile ou tactile, de la lucidité, ce trésor que nous possédons et que nous boudons — aussi je dis que la lune est comme une garde-barrière attentive au sifflet des trains et que le soleil porte une perruque pour nous faire rire et confirmer la joie de vivre. J’entends le heurt des planètes transitant comme si c’était des boules de billards et parfois une jeune fille me comprend, métisse la plupart du temps, dont je sens la forte odeur de vrai géranium : je parle de ce qui monte de son sexe. Je suis peut-être trop sensible à la moindre curiosité de pensée, autant qu’à la beauté inattendue d’un effeuillage brûlant. Tous ces êtres à la recherche d’eux-mêmes ! J’observe un mercure de thermomètre grimper dans les jambes d’une jeune fille que je croyais déjà ensevelie dans mes rêves et dépêcher une âme impatiente de découvrir un pays. Voilà ! Rien n’est daté. C’est toujours le même cirque avec un choix dicté de numéro de fauteuil. Dicté par l’inconscient bien sûr. Donc, grâce à ces conversations de la plus haute importance, les après-midi resplendissent.

(publié dans Marottes pour un îlien privilégié, comme le texte précédent)



lépreux de Tahiti

vendredi 11 septembre 2009

suite 4

Mine de rien, la lèpre gagne tout, pas seulement les murs, les tissus, les objets ; elle gagne les consciences et ce que nous croyions posséder à jamais : la mémoire de notre condition avec toutes les erreurs et tous les bienfaits — nous reste encore la possibilité de réinventer, pour pas longtemps encore, notre biographie, de l’ajuster à notre humeur du moment, nos envies, l’important étant de ressembler encore à un être vivant, de définir nos attirances et nos répulsions afin que tout cela ressemble à un échange possible avec les autres, confidences, exigences, tout un trafic. La lèpre fait son travail, aussi appliquée qu’une écolière qui a pour maman la mort, sans qu’on puisse parler de hasard ou au contraire de méchanceté à préférer plutôt l’un que l’autre, on ne sait. S’il y a un plan, il doit dater des origines, du commencement du monde, et là même les religions répugnent à l’envisager : ce serait ouvrir la porte à l’anarchie, à l’échec vécu comme seule valeur et la liberté au mépris de ces êtres tellement persuadés d’avoir acquis une supériorité sur les animaux, les plantes, ce qu’ils considèrent comme un décor où plastronner. Aussi surgit un théâtre des passions avec des amateurs englués dans le repentir et des professionnels, lépreux magnifiques ayant décidé d’organiser le mystère à défaut de le comprendre. Le rire seul peut détruire la partition du bien et du mal ; mais rire c’est pisser à la vitesse des comètes, c’est déchirer des draps et dormir dans cette déchirure sans souci du sommeil ; c’est fracasser un œuf et le reconstituer d’un seul baiser aussi parfaitement qu’à sa naissance — la lèpre gagne et trouve de moins en moins d’obstacle et d’humoristes, comme les miconias dans les collines où les machettes ne trouvent plus aucun sorcier pour inventer des poèmes ni jouer à la pétanque avec les crânes des hommes vertueux, bien trop intelligents. L’obsession des peintres, c’est bien cette lumière, ce grand rire céleste, mais combien le comprennent ? Lèpre sur les tableaux, lèpre sur les livres revenus à leur état végétal d’arbres grignotés de l’intérieur. Il faut en jouir, de ce travail croisé comme d’un luxe, le célébrer dans l’oubli passionné du temps. Alors Te ava Piti ou Mouloudji, qu’importe ! Place grise de Paname ou atoll serré des fesses dans un océan qui déplace le malaise de l’existence et n’en avoue pas le ridicule, ce n’est pas un crime de vouloir finir bien content d’avoir vécu.

Auxerre 92

jeudi 10 septembre 2009

la maladie mentale

de la 23 ème lettre de l'alphabet hébreu

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Uma Canção para Minha Mãe

et rien d'autre

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Ayant accompli mon devoir

admiré la beauté de quelques vaches

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suite 3

Difficile de cerner Tita. Elle se livre très peu. Elle a comme sa sœur un air gitan, surtout après quelques journées passées à Moorea à se faire dorer au soleil : sa peau devient cuivrée et s’accorde avec ses cheveux drus. On la prend parfois pour une fille des rares îles des Tuamotu où le Tinito, le Chinois n’a pu estampiller les filles nature d’une fleur de Hinano au lieu dit du sexe. Son air mélancolique attire les hommes sensibles, elle leur délivre alors un sourire éclatant, aussi appétissant qu’une croustade sortant du four. Difficile de ne pas succomber à ce flot de charme. Elle aime le flirt mais préfère la discussion sur des sujets que les locaux trouvent assommants au moment où il faut conclure, éteindre dans la chair le feu de trop de questions, d’énigmes, amusement d’étreindre pour éteindre dont elle se moque et ça énerve beaucoup. Teva raconte qu’elle ne s’est pas remise d’un « amour tué dans l’œuf » dans sa jeunesse, il en a fait une nouvelle qu’il n’arrive pas à publier — une nouvelle dont le titre est : « Clé de sol à Wellington », ce qui explique probablement tous les refus d’éditeurs comme Gallimard ou Grasset. Ah ! S’il s’agissait d’un roman à la Jean Bruce ! Tita était partie en Nouvelle-Zélande et s’était retrouvée par le plus grand des hasards chez des intellectuels anglais bannis. Elle avait loué une chambre dans un pub à l’atmosphère feutrée, fréquentée par des diplomates aux allures d’espions qui trempaient leurs mèches grisonnantes dans des boissons bizarres en rêvant de mouches et de pastèques. Pour y accéder elle devait passer par une ouverture à même le comptoir, comme une porte dérobée, et prendre un escalier en colimaçon—et là elle dormait d’un sommeil de plomb sous un édredon que Teva avait imaginé constitué de duvet de cygne, rassurée par les reproductions au mur des tableaux de Rossetti et de Burne-Jones, ces préraphaélites qui ont préfiguré le chant du cygne de la …figuration, ah oui très drôle. Le matin tôt elle s’élançait à la recherche de tous les restaurants branchés où se retrouvaient à une époque les écrivains bons vivants qui adoraient le poulet rôti au beurre et les vins aussi rouges que leurs joues cramoisies par la luxure. L’idée lui était venue de faire un parallèle entre l’écriture des écrivains et leur façon de manger et de boire, écriture sèche des culs serrés, large des généreux, longue des sensuels masochistes. C’était un jeu pour ne pas dire un gag mais ce genre d’ironie comblait le vide d’un Tahiti tourné de plus en plus vers la comptabilité d’entreprise. Et un jour où, fatiguée de ses recherches, elle était rentrée plus tôt à sa pension et qu’elle s’était assise à une table pour boire une liqueur, avait surgi un individu bizarre avec une pile de journaux sous le bras, probablement des invendus se dit-elle, qui s'était mis à hurler le titre de la gazette. Les quelques rares clients s'étaient retournés et avaient envisagé la nouvelle arrivante avec un regard de mépris. Il ricanait. À l’examiner attentivement, il ne faisait pas tellement british, il s’escrimait à le faire croire, dans une imitation de vedettes de l’écran, désinvoltes et un tantinet méprisants, on les connaît bien. Personne ne fit de remarque, il finirait bien par partir pour jouer un rôle plus adéquat dans un autre film — d’autant plus que ces journaux semblaient dater, comme des feuilles de chou bien flétries. Était-ce un escroc ou bien un rôdeur ? Quel intérêt y avait-il à récupérer des journaux dans une poubelle et à vouloir les vendre là où personne ne lit plus de journaux depuis l’apparition, après les divagations de Mister Ben, de celles de la mère Thatcher, la poulette préférée des Russes. Il ne partait pas, ricanant comme un alcoolique. Voici le moment fort : il ne part pas, il reste en oscillant sur place — alors elle lui fait signe de s’asseoir à sa table et il vient. Elle l’observe. Il n’est vraiment pas son type. Quand il lui parle, il a perdu sa voix de fausset. Oui, il veut bien manger des œufs au lard, car il a faim, un oubli dans son emploi du temps. Elle le regarde manger avec appétit. Soudain il lève la tête : « Ça vous dirait d’avoir le journal tous les matins au lever ? » Ça serait passionnant. Elle lui verse l’équivalent d’une semaine. « Vous ne le regretterez pas, avait-il dit dans réfléchir à ce qu’il disait. » Dans les jours qui ont suivi, pas l’ombre d’un journal. Qui ? L’homme à la dent cassée ? Pas vu. Et d’ailleurs comment s’appelle-t-il ? Elle l’ignore, elle a oublié de lui demander son nom. Alors elle déprime en se demandant pourquoi. Elle ne pense plus qu’à lui, il faut absolument qu’elle le revoie. Tous les soirs elle se jette en pleurs sur son lit après l’avoir attendu pendant des heures assise à la table où ils se sont parlés.


les enfants gitans de l'époque de Justine

à propos de religion

explication

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Toujours à propos d'art

noir et blanc

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mercredi 9 septembre 2009

suite2

Où était-ce ? Très loin d’ici, en Europe, dans une province aux hivers limpides et aux étés chauds, si chauds qu’au mois d’août la terre tremble et crache des cailloux que les paysans entassent. Des murs s’élèvent, parfaitement inutiles, qui donnent un air celtique à un paysage presque oriental où les crépuscules ont la couleur du Cinzano : Une contrée avec des châtelains toujours dans les nuages fréquentant des gitans sortis tout droit des romans de gare, à la peau caoutchouteuse, le poil visible sous la chemise blanche aux manches déboutonnées et droits sur des souliers à talonnette. Tout ça mélangé avec des tsiganes que les commerçants des bourgs appellent romanichels et qu’ils traitent de voleurs de poules, ce qui n’est pas faux. La propriété où a grandi Justine fait penser à un tableau de Constable ; au fur et à mesure qu’on s’en approche, pour peu qu’on marche à pied, l’idée se fait plus précise de prés occupés par des chevaux en liberté, avec des abreuvoirs sous des arbres comme des parasols ouverts au maximum. Une vision hors du temps. Parfois des trous d’eau qu’on appelle des fouilles donnent l’idée de se dévêtir et d’y plonger pour garder pendant quelques heures un drôle de goût dans la bouche ressemblant à du dentifrice ou de l’argile qui colle aux gencives. Justine est une excentrique, elle a décidé, au lieu du piano, de jouer de l’accordéon — et on la voit à cheval déployer cet instrument comme dans un cirque. Un homme un jour a surgi, aux cheveux noirs de jais, à la taille aussi minuscule que celle d’un torero, au sourire éclatant, qu’elle a retraduit dans une autre dimension : un mélange de brutalité et de tact. Il s’est mis à lui déclarer sa flamme dans une langue incompréhensible, mais comme il se frappait la poitrine et se prosternait, elle en a conclu que le moment était arrivé de perdre sa virginité. Elle lui a parlé doucement comme on parle aux chevaux, presque dans l’oreille et lui riait toujours, même quand il l’a prise, toujours à cheval, à la hussarde. Il n’a jamais cessé de rire, même quand Justine lui a parlé de Churchill qui aurait insisté pour signer lui-même l’ordre de destruction de la flotte française en 1940 pour éviter des ennuis à l’amiral Pound. Et de De Gaulle qui voulait absolument coucher dans le lit qu’avait connu Napoléon, ce qui était moins facile vu sa taille. On ne savait s’il comprenait quoi que ce soit aux événements qui rendaient la vie plus difficile, pour se nourrir il gobait des œufs et buvait du Grenache de couleur violette sans avoir à craindre un trou dans l’estomac. Personne n’est arrivé à convaincre Justine que tout cela était une absurdité, la chose avait eu lieu, c’était le destin, l’important n’était pas de savoir s’il jouait au tennis ou au bridge, l’important c’était de vivre l’oubli passionné du temps.
L’oubli passionné du temps…Je prends la main d’Aurore qui vient de me raconter tout ça — une Aurore sur le point de pleurer— je la porte à mes lèvres, je n’imaginais pas pareille fantaisie. Nous nous sommes arrêtés le long du court de tennis non loin de la maison. C’est bien Teva qui joue avec un Tahitien assez retors, aussi baraqué qu’un catcheur. Il est dix heures, un record. Je remarque le sparadrap qui entoure la base du pouce de notre écrivain qui craint les ampoules. Il va gagner, dis-je, l’autre fonctionne à l’envers, c’est un homme de pirogue, pas de raquettes. Aurore sourit :

— Ça y est, je crois que mes vêtements sont secs. Puis d’ajouter brusquement :
— Je ne me sens pas prête, est-il possible de faire un petit tour en voiture ?
— Bon. Je vais vous présenter une amie de Justine qui s’appelle Moetu. Il suffit de revenir un peu en arrière, de monter sur Mahinarama, l’endroit est magnifique, exubérant, après quelques virages nous y sommes.

— Faites je vous prie.



évidemment pas polynésien, masque de danse Sémoufo (Côte d'Ivoire)



statuette Bakango (Congo) avec ses clous pour orienter les forces vitales de l'univers

le puzzle

tant bien que mal

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On dit que ce n’est plus le temps des visites comme au siècle dernier mais c’est faux dans la nouvelle démocratie où les épouses des fonctionnaires, au lieu du cheval de jadis réservé aux gens chics, possèdent leur propre voiture — et si personne n’exhibe plus d’ombrelle, l’heure étant à se tanner la peau en toute occasion pour éviter les maux d’amour, ou du moins ne pas les laisser paraître, il est bon de se réunir à l’heure du goûter pour papoter. On commence par boire du thé et dévorer des sandwiches au concombre en échangeant les derniers potins, puis rapidement le ton monte avec les premiers maitai et le whisky, toujours du Cutty Sark. Justine, ma logeuse, a ses habituées. Elle les reçoit sur sa terrasse séparée de la mienne seulement par des claustras, ce qui fait que j’entends tout. Je réussis cependant à m’abstraire et à somnoler dans mon hamac, il me faut un peu plus d’une heure pour récupérer de ma nuit passée à observer les étoiles — car je suis passionné d’astronomie depuis mon enfance et j’en ai fait mon métier. Je livre mes observations à des revues spécialisées. Comme cela ne me fait pas vivre, je travaille aussi pour la météo avec mon copain Marere, ce qui n’est pas déshonorant. Tout le monde veut me connaître. Cinq heures : Justine a sorti sa théière, ses cuillères en argent et ses tasses de Chine. Je reconnais à leurs voix l’épouse de l’anesthésiste de l’hôpital dont je ne me souviens plus du prénom, Dominique épouse Amstel et Moetu. Il y a aussi une danseuse du groupe Coco et une accordéoniste dont le charme est de zozoter tout en disant des énormités. Je suis sûr que, planqué dans sa cabine, l’écrivain prend des notes. Il a failli aborder le sujet pas plus tard qu’hier, ou plutôt aujourd’hui à l’aube, mais je soupçonne qu’il se méfie de moi depuis que parlant de littérature j’évoquai une chienne en chaleur et qu’il avait ri jaune. Ce faisant j’oubliais le temps passé à s’exprimer du mieux possible, ce raffinement au lieu d’accepter de vivre pour ne pas dire vieillir dans le n’importe quoi n’importe comment. Je n’ai pas insisté. J’apprécie notre écrivain du fait que n’ayant pas d’arguments il me dispense d’y répondre. J’enfle un peu la voix quand je sais qu’il attend une étrangeté, ce qu’il nomme un paradoxe, alors que j’imagine une simple préface pour vanter cet immense bordel et non le détruire, en partager les délices avec des hommes tous piquants sortis et des femmes à la bonté accablante après les excès où conduit leur beauté. Sommes-nous sur la même planète ? Il me parle pourtant encore de sa maîtresse, la femme de l’officier de marine, la femme en cuir, me raconte la première fois où elle a joui. Cela faisait pourtant je ne sais combien de fois qu’il l’a pratiquait après avoir fait de ses lèvres sa religion, de belles lèvres au drapé séducteur :

— J’étais en elle, pour ne pas dire en selle, j’apercevais les falaises avec les chèvres et les chevaux, et soudain j’ai laissé échapper cette remarque incongrue : « Zut ! j’ai oublié de fermer l’électricité à la maison ! » Ça me revenait d’un coup. Elle m’a regardé comme hallucinée et elle s’est mise à jouir comme une folle—tu comprends ça, toi le cultivé ?

Ah ! Métier abominable ! Devrais-je évoquer Uranus et la fée électricité en pareille circonstance ? Je dis seulement qu’il n’y a rien à comprendre sinon comme dans la musique l’audace de certaines dissonances favorisant l’épanouissement rythmique, ainsi chez Berlioz et chez Liszt. Son visage s’éclaire, car je fais référence aux compositeurs qu’il écoute, puis de nouveau s’assombrit :

— Mais cette femme me pousse au dégoût de moi-même, j’en ai fait une fixation, je suis devenu une machine et je n’ai même plus la force de pleurer quand ma mère est très malade.



— Tu parles comme si tu étais victime d’humeurs définitives au lieu de simplement te dire victime d’emportements idiots.



Il s’est marré. Tout ça n’est que trop évident, il veut tout bonnement jouer à la poupée.


— Crois-tu que je me réveillerai un matin libéré d’un poids en me demandant ce que je pouvais trouver à cette femme ?


— J’en ai peur.

(in Des lépreux chez les prudes,inédit)



Au rétro où est mort Dassin, Papeete

mardi 8 septembre 2009

Teva

Teva, en revanche, semble indifférent aux événements. Il s'est installé sur la terrasse du bas dans une cabine qui lui sert de refuge, 6 mètres carré de surface, un simple lit de camp, une petite table en rotin où poser sa machine à écrire et une chaise. C’est lui, l’écrivain. On l'entendra taper à la machine la nuit, une underwood, à moins qu'il ne s'entraîne avec des castagnettes andalouses — l'important c'est qu'on croie qu'il travaille en plein collimateur de la mer en face qui gronde parfois comme un ours. Et lui tousse car il fume comme un troupier. On ne devient pas écrivain, affirme-t-il quand on l'interroge sur sa façon d'envisager l'existence, on l'est naturellement, on naît comme ça ; rien d'autre ne compte que cette vertu d'empaffé, même pas génétique, ça dépasse tout. C'est comme d'être Sarrois ou Polonais, la clique qui installe des climatiseurs pouvant servir de chauffage quand le thermomètre frise les 23 degrés, mieux que les Libanais et leurs couvertures chauffantes, et quand on est malade, c'est rassurant.

Comme j’avais gagné pas mal d’argent lors d’une exposition avec le peintre Marere, je lui ai offert un vieux tourne-disques, un tépaz, ainsi que toute une collection de disques de musique sacrée, de vénérables 33 tours qui datent des années soixante, qu'il joue désormais la nuit. On n'entend pas grand-chose. Tous les bruits se confondent comme à l'usage d'une râpe à fromage, aboiements de chien compris. Il se lève à midi, heureux quand il fait lourd et qu'une pluie tropicale s'annonce, un temps à écouter du Schütz ou du Gilles, quelques messes composées pour la mort d'un roi de France dans une interprétation mielleuse; un temps à se masturber sans complexe, à asperger la machine qui semble attendre un texte admirable qui ne vient pas. Je le croise, il me harponne :



— Je ne t'ai pas raconté mon dernier week-end dans les îles...Je le laisse venir, le voyant boire son café dans un bol ébréché—sentimental—je tiens à être courtois par respect pour les îliens, et pourquoi pas toute la famille, des gens déboussolés mais inoffensifs. Il me parle des Marquises et de sa fascination pour la femme d'un officier de marine, une brune à la peau mate qui adore comme lui les ciels noirs et les falaises abruptes. Evidemment je ne peux pas comprendre mais je dois essayer : l'océan, des délires d'éponge insatiable, une ambiance à la Melville avec une pointe de Truffaut et des gémissements de langoustes. Lorsqu'il lui prend le bras elle frémit. Quand c’est la main elle jouit. Quand les cheveux ? Elle chiale comme un violoncelle bandé au maximum que couvrent des cheveux déjà gris. Quelques mèches blanches, devrait-il dire. Ils sont anachroniques et pourtant les natifs les maternent, ne vous affolez pas, je ne fais que reprendre son style, les cheveux de la belle étaient « couleur de rhume », l'un de ces rhumes dont on guérit vite : « Tout ça m'a coûté les yeux de la tête, la vie est chère aux Marquises, mais en contrepartie j'ai hérité de pagaies cérémonielles en bois de rose, le fameux miri et en tau, un bois dur et veineux comme tatoué, je crois qu'il iraient bien dans l'entrée. » Il a une manie, celle de faire claquer sa langue après avoir affirmé une opinion et de jouer avec sa cigarette roulée comme un prestidigitateur, la faisant circuler de doigt en doigt, dessus dessous. Il m'observe. Je sais déjà tout cela, cette femme travaille à Pamatai dans un atelier de confection, elle fabrique des sacs de cuir, ce qui n'est pas courant au pays de la perle et des tifaifai ; ce passionné des odeurs fortes rêvait depuis longtemps, après avoir connu celles dans les livres de poche, de vivre une étreinte dans du cuir. Passionné aussi de pratiquer la botte dans les endroits les plus saugrenus. Il n'est pas particulièrement campagne, la nature l'exaspère, il préfère des endroits clos, cherche une cage. Les ascenseurs sont rares à Tahiti, on les trouve dans certains hôtels, qui font un bruit de machine agricole et l'on ne sait à les prendre si l'on peut s'en sortir vivant. Restent les billards avec le risque de trouer le tapis ou les cercueils profonds des entreprises funèbres d'Arue. On peut rire. Le photographe Manfred m'a certifié l'avoir vu faire l'amour un matin à l'aube sur l'autel de la cathédrale, il a pris une photo malheureusement floue, où l'on ne distingue qu'une croix en cuivre et des fruits, bananes ou papayes—de là à en conclure à des épousailles ! Plus je connais son passé et surtout sa façon de l'interpréter, plus ce garçon m'inquiète. Son adolescence n'est qu'une suite de sensations où le sentiment d'exister domine. Il plaît aux filles des atolls et pourtant il se croit laid, il joue au pitre, fuit les mathématiques et ses professeurs à Lammenais le poussent à philosopher sur les débris du matérialisme historique et la trahison des clercs. Il a fait du latin mais pas du grec, aussi rêve-t-il un moment de faire son droit. Il faut partir et finalement il va retrouver en Nouvelle-Zélande sa soeur Maeva qui a choisi d'être comédienne et qui joue des pièces incompréhensibles avec un fort accent shakespearien : « The rain in Spain stays mainly in the plain but in Hertford, Hereford and Hampshire, hurricans hardly ever happen. » Ce séjour chez les légumes verts lui a donné des idées, il va écrire pour raconter la pluie, les herbes et l'odeur des bottes en caoutchouc qui épousent des mollets anglais dans la nostalgie de Charlie Kunz et des chignons lourds. Sa mère jouait de l'accordéon, lui il préfère les pianos désaccordés et au lieu des spectacles de cirque le manège des minettes qui, le jeudi soir, exhibent leurs cuisses sous les kiosques et se font caresser par des hommes d'affaire déguisés en clochards. J'observe qu'il a tiré une corde dans son "salon" pour faire sécher ses chaussettes ayant trempé pendant une semaine dans de la lessive gloutonne : il y a quelques énergumènes, ici, qui portent des chaussettes donc le docteur Théron qui considère que la laine possède des vertus socialisantes pour ne pas dire socialistes. Il est vrai que notre Teva aime qu'on lui frotte les pieds à l'eau de Cologne, c'est la première chose qu'il demande à une femme qui lui plaît—et là c'est clair: y consentir indique une complaisance digne de la marquise de Brinvilliers, à l'écouter parler avec émotion de Jésus Christ superstar. Et pourtant nous sommes à Tahiti et il est question d’une tradition sans failles. Il n’y a que moi qui y ai cru comme on espère un eden.

(extrait de : Des lépreux chez les prudes, inédit, une partie du manuscrit un peu grignoté par les loirs, retrouvé par hasard dans un carton)



Au bar Taina, front de mer Papeete, il y a dix ans.

lundi 7 septembre 2009

Lundi, donc

qui ose aimer le lundi ?

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dimanche 6 septembre 2009

Si les femmes avaient de l'humour

ça se saurait

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in memoriam

des andouilles

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allons-y

avec ou sans chapeau

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embrumer

sans gêne

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les expos

par hasard

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pout pout

kara kara

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train

de plaisir

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dans le vague

mais le sachant

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samedi 5 septembre 2009

erreur

et prétentions

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les valeurs interrogatives

sans réponse

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question

sans réponse

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ouais

alonso

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collant collant

baisant baisant

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en passant

vers Sparte

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rappel

mais non sans humour

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rappel

simple

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ce fut une belle journée

Mais à relire mes billets, je trouve qu'il manque quelque chose. Il manque auprès de moi tous ceux qui me hantent, mes frères combattants de la littérature dont les livres ne suffisent pas à faire témoignage, eh oui, finalement je ne suis pas structuraliste, il me faut l'odeur des êtres, leur voix, leur misère. Il faut que ça suinte, que ça chie, il faut l'émotion. Odeur de miel de Duras, odeur de fer à friser de Nin, odeur de lait caillé de Chambelland, de chat de Martin, de gauloise flétrie de Robert, de carambole de Thibaux, de club jaune de Naples de Delvaille etc. Zut de zut ! Je vais donc mourir avec ce manque à combler d'avoir lu leurs livres, c'est terrible. Pitié ! Ah! j'oubliais ! Je ne mourrai jamais.



Ninon (ni oui ni non) sentait le cèdre.



Clairon le soufre



Anna la banane pas encore mûre



Gréti la confiture de figue



Rose le jasmin



Kahara la piquette basque

Sake le Ylang-ylang

Tiare la courgette(si, si)

Lani l'étable en basse Bourgogne



Esther la dragée de baptême

vendredi 4 septembre 2009

Je vais développer

il le faut

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Evidemment

on va dire que je donne des leçons

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Mexico février1945

un mec nommé Péret

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rappel

mais pas pour conclure

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Ce sera

mon dernier billet, ce soir

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obstination

révolutionnaire

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Plus cest con

plus ça marche

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un jour au départ peinard

témoignage de la réalité amoureuse

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Jalabert

interposé

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facilités

des Ardennes

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le cirque des vaincues

qui se croient maîtresses de leur destin (mais pas toutes)

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vous allez rire

pour une fois

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force du signal

basse

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photo

gratuite

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se maintenir

vaille que vaille

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petits robots

avec votre baguette mais pas magique

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mercredi 2 septembre 2009

un peu de lecture

ne fait pas de mal



quand personne n'est là pour vous emmerder.
(avec la Maison de l'Inceste d'Anaïs Nin)