bon, Bruder
Par le salé, mercredi 24 février 2010 à 16:12 :: Divertissement :: #1429 :: rss
ça te va comme ça ?
Mon aventure était comique, pour ne pas dire cosmique, car dans ma nasse, la morda, je n’avais pu déposer qu’un cul de carpe, rescapé d’une autre série de folie, où, complètement ivre, je me désespérais de ne tirer que des saumons sans goût de la famille des kétas, avec ces encombrants kasatkas, énormes mais décevants. En fait j’espérais un ichtyosaure, non pour le manger, mais pour la beauté de l’animal. Les brochets en bons prédateurs dévorent les canards qui ne comprennent rien à cet ennemi venu des profondeurs quand ils croient être en paix, et c’est spectaculaire, alors ça vous dégoûte de faire une simple soupe de poissons — mais je suis comme ça, attiré par ces prédateurs qui font plus d’un mètre de long, majestueux, et je les remets à l’eau évidemment après avoir dans ma tête fait d’eux un dessin, une aquarelle, sous la clarté bizarre de la lune, avant que les mouettes n’en fassent leur festin. Il ne faut pas oublier les vautours, poussant des gémissements presque humains, et toujours à l’affût. Mais il y avait là une sorte d’odeur de femme, une odeur de chevelure épaisse et de ventre jamais gavé. A vrai dire je ne discernais rien dans le brouillard. Une vague mélancolie me heurta. Attention danger. Je renonçai à mes appeaux, et par pure intuition, sentant que j’étais surveillé, je décidai de clore l’épouvante, pris ma voix la plus claire et lançai : « Holà ! Vous n’avez rien à craindre, je ne suis ni bourgeois ni fonctionnaire ». Aussitôt surgit une face lunaire, et, avec un accent bulgare à couper au couteau, cette réponse : « C’est vrai, ça ? » J’attendis. Elle surgit vêtue de plumes de cygnes, une hachette en guise de chanson, je veux dire de dialogue, et fit un bond impressionnant dans ma direction. « Est-ce bien utile, cette hachette ? » Je lui proposai de s’asseoir de l’autre côté du feu. Il y avait de quoi grignoter jusqu’à l’aube, et d’avantage. Elle ne dit mot sachant que je ne m’intéressais pas à son histoire, donc pas besoin de mentir, d’inventer des plaisanteries de famille et de prison, avec des clapotements et des mimiques de fatigue. Puis, après avoir dévoré le lapin cuit à point : « On ne sait jamais à qui on a affaire ». Elle rota un bon coup puis alla pisser debout contre un bouleau, je dois dire que cela m’excita. Quand elle tourna son visage sur moi, dans une sorte d’imploration inattendue qui me rappela d’anciennes amours, je lui proposai un voisinage, en lui expliquant que j’étais là pour une simple raison, collectionner des papillons. Aurai-je à manger ? demanda t-elle, livrant à ma vue un sein rond sans s’en rendre compte, un peu noirci par la fumée — j’avais dormi trop de nuits dans des troncs d’arbres et il n’y avait eu personne pour me proposer un traitement de faveur et m’offrir quoi que ce soit de comestible. Et comme c’était moi qui faisais la cuisine…
Commentaires
1. Le mercredi 24 février 2010 à 22:51, par Le nomade
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